Au revoir

La vue de ma fenêtre va bientôt changer. Voici l'une des nouvelles possibilités.

La vue de ma fenêtre va bientôt changer. Voici l’une des nouvelles possibilités.

Encore un tournant dans les méandres d’une  vie : je suis sur le point de déménager vers les Philippines, bout d’océan pacifique parsemé de 7,107 îles plus ou moins, au gré des marées et de la montée des eaux.

Pendant mes plus de trente années passées ici en France mon pays de cœur j’ai parlé français, j’ai pensé français, j’ai rêvé français. Désormais il me faudra pratiquer de nouveau l’anglais et cette autre première langue officielle des Philippines qui s’appelle le philippin. Sans rentrer dans les technicités il faut savoir que le philippin est largement basé sur le tagalog, langue qui prend ses origines sur les berges du fleuve principal de Manille, capital historique du pays. Comme partout dans le monde les civilisations naissent près de grands cours d’eau. A son tour le tagalog est composé à 30% de mots d’origine espagnole. Avec des milliers d’îles il est presque logique d’avoir nos huit langues et  nos 80 dialectes. En arrivant aux Philippines je vais m’installer sur une île dont je ne connais pas la langue. C’est là que le philippin et l’anglais montreront leur utilité en tant que langues fédératrices de l’archipel.

Il m’a paru urgent de me remettre dans le bain linguistique philippin. Quelle meilleure manière que de fouiller dans YouTube.  La chance m’a sourit, je suis tombée sur un discours inaugural de l’actuel Président Aquino en philippin. Je me suis dit que si je mémorisais son discours alors ce serait bien. Mais, en continuant mes recherches j’ai trouvé des retransmissions des séances du Sénat des Philippines, en anglais et en philippin, à propos d’un scandale impliquant l’actuel Vice-Président. Un pays où la corruption est endémique tente de faire peau neuve, voilà ce qui est intéressant. J’ai eu l’impression d’être tombée sur un trésor en visionnant les séances. J’étais comme un enfant accroupi devant une petite pierre ronde polie sur une plage, et ma joie fût immense de reconnaître entre autres autour de la table ronde une de mes anciens  professeurs de mon alma mater l’Université des Philippines.

Je me régale de constater la rigueur, l’élégance, et l’éloquence des intervenants de cette auguste assemblée. Je déguste leurs paroles comme pour étancher une soif vieille de trente ans. Il y a cette économie de mots qui rappelle soudain lequel entre deux choisir.  Parfois les séances durent cinq heures. Je suis à chaque visionnage transportée par une machine magique vers ce milieu intellectuel de mes années de fac.  L’adresse verbale est un présent que j’apprécie comme une glace à la mangue sous un parasol géant.

Dans ce Sénat il y a une femme extraordinaire. Elle s’appelle Defensor de son nom de jeune fille. Miriam Defensor Santiago avait fait campagne autrefois pour la plus haute fonction et a perdue, comme elle dit, au comptage et non pas en suffrages.

Magistrat ultra diplômée, auteur de multiples livres de droit, elle ne compte plus les distinctions et siège désormais au tribunal international de la Haye. Son salaire d’avocat est une pitance, car de sources publiques. La fortune de son mari garantie cependant son indépendance. Mais c’est avant tout son impitoyable droiture et son intellect affûte comme un rasoir qui lui permettent de chasser  le mal et d’administrer la justice sans en exonérer les puissants.

Quel rapport avec ce blog sur l’agriculture naturelle ? Dans une société matriarcale comme les Philippines les hommes et les femmes ont des privilèges équivalents. Nul besoin d’instaurer une Journée de l’Homme comme il existe la journée de la femme en France. La Nature en soi ne connaît pas de distinctions et hommes et femmes jouent chacun son rôle sans se demander s’il faut s’habiller en jupe ou en pagne. Voilà qu’il y a trente ans j’atterris sur le sol français avec mes yeux neufs et découvre que les femmes ont ici des revendications. Trente ans après j’ouvre au hasard une séance du sénat philippin et je me rappelle qu’aux Philippines pendant mon absence ont été élues deux femmes à la plus haute fonction, dont la deuxième à deux mandats consécutifs.

A ce propos je vous livre une blague de notre Senator Miriam. Elle ponctue parfois ses interventions devant le Sénat et devant des rassemblements publiques d’anecdotes et de blagues. Les jeunes l’adorent.

« J’ai toujours su que la femme est supérieure à l’homme. Le livre de la Genèse raconte que le Créateur a façonné Adam avec un peu de glaise. Il a ensuite crée la femme en prenant une côte d’Adam. Conclusion : Adam est fait de boue et Eve de matière humaine. »

Il m’arrive de regarder les séances de l’Assemblée nationale les mercredis sur France 3.   Les différences d’avec les séances philippines sont grandes. Il me semble que les philippins parlent moins fort.  Ils attendent leur tour pour parler : la cacophonie est interdite et s’accompagne de sanctions. Les intervenants discourent en deux langues. Les hommes arborent parfois cet autre habit formel masculin qui est une chemise à manches longues en fibre naturelle d’ananas presque transparent, portée sur un t-shirt ou un marcel. Le textile fin peut être brodé sur le jabot ou tout le long de la fermeture boutonnée. D’autres hommes portent le plus conventionnel costume-cravate. Cet ensemble venu d’ailleurs est appelé familièrement un americano. L’habit quand il faut le porter n’est pas noir, c’est d’une sorte de velours pourpre.

Vais-je alors regretter la France ?

Oui je vais beaucoup regretter ce pays qui m’a élevée et m’a façonnée.

Je suis fière de vivre à la française. Le savoir-vivre français est unique au monde.

Je suis ultra fière du haut niveau d’études que la France m’a enseignée. Pour obtenir un DESS de la Sorbonne j’ai dû transpirer du sang et des larmes pendant cinq ans. Merci à mes professeurs.

Surtout je suis fière de ma citoyenneté française.  Je suis honorée d’être française.

Dans un monde idéal il ne devrait pas y avoir de frontières. Je m’apprête à retourner à ma terre natale. S’il n’existait pas de frontières je ne serais pas maintenant en train de repartir ou de retourner, car je serais partout chez moi. Où est le vrai chez moi ? Si l’on se base sur le nombre d’années passées quelque part  alors c’est ici en France. Je dois citer un périple de douze années au Grand Duché de Luxembourg, pays enchanteur au possible et ancien département français.

En réalité dans ma vie quotidienne je ne me pose jamais la question de savoir si je suis française ou non.

Mais, les choses se compliquent quand je passe devant une glace. Il y a une seconde de perplexité de me voir face à un reflet avec des traits et des caractéristiques physiques  malais. Cela fait un drôle d’effet croyez-moi.

Plus surprenant encore, quand je fais un séjour aux Philippines les philippins me prennent rarement pour une philippine. Je suis une étrangère dans mon pays.

C’est une situation amusante parfois.

On dit bien : chasser le naturel il revient au galop.

Encore faut-il pouvoir identifier le naturel.

Bonne journée à tous.

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