Pourquoi ne pas tailler un fruitier

Une fois l’an, le premier jeudi d’août, se tient dans le village gascon de Barcelonne du Gers un vide grenier presque aussi connu que sa Foire agricole de janvier.

Au détour d’une ruelle, coincé entre le bout de muret en pierre et le trottoir, pousse un pêcher de vigne dont les branches frêles se courbaient sous le poids de ses fruits.

Un arbre similaire croît dans mon jardin. Il est issu d’un semis, il n’est pas greffé. Trois autres pêchers rouges ont poussé, eux aussi des semis direct de noyau.

Au début je ne donnais pas cher de la pousse et de la croissance des semis. Comme tout le monde je n’avais pas entièrement confiance en cette opération simple qui consiste à mettre un noyau en terre pour produire un arbre.

Il faut dire que je suis arrivée à tellement compliquer ma vie pour finir par douter des choses simples, que ce soit de leur capacité de me rendre un service exploitable ou alors de me rendre heureuse.

Mon éducation y est pour beaucoup.  Les choses vitales sont devenues complexes dès lors que la maîtresse a épingle un poster sur le mur derrière son bureau et a parlé de l’obligation de manger un représentant de chaque aliment écrit dans les colonnes nutritionnelles  (protéines, hydrates de carbone, fibres, vitamines et minéraux, etc.).  Les choses ont pris de l’ampleur  quand les média se sont mis à me menacer de surcharge pondérale, hypertension artérielle, carence  grave si je n’avale pas les cinq fruits et légumes quotidiens, sans oublier les aliments bio, les anti-oxydants, j’en passe…

Finalement ce qui est en ma petite jeunesse source de plaisir a fini par devenir source de doute ou pire encore, de réprimande.

C’est ainsi que je me suis mise à avoir peur de tout.

Je n’ai pas de diplôme de jardinier, donc je ne sais pas faire pousser des tomates.

Je n’ai pas de diplôme d’horticulteur, donc mes fruitiers ne donneront rien.

Je ne connais pas la vigne, donc je n’aurai jamais de raisins.

Pendant des années les passants pouvaient me voir accroupie dans mon jardin engagée dans une bataille perdante contre limaces, escargots, maladies, et mauvaises herbes.

Au cours de ces longues années j’ai rencontré des plantes très méchantes qui me déversaient des acides, me trouait la peau, ligotaient mes plantes plus fragiles, recouvraient mes troncs d’arbres.

Je me suis sentie esclave de cette Nature conquistador qui me subjuguait par son charme tout en me soumettant et m’accablant. Oui, le syndrome de Stockholm je connais.

Puis un jour j’ai rencontré un homme et ses enseignements. La méthode d’agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka m’est apparue comme une fée qui se penche sur moi pour me sortir de ma torpeur, telle une Blanche Neige libérée de la méchante reine. La clarté de sa pensée quand je l’ai comprise fut tellement aveuglante que l’expérience a brisé une partie de mes chaînes psychologiques. Ce n’est pas possible, me disais-je. Un homme qui a posé dans un livre tout ce que je ressentais, mais ne pouvais exprimer.  Oh! le phénomène ne fût violent. C’était comme un souffle d’air frais un après-midi  mauvais, ou alors le goût désaltérant des premières framboises le jour des premiers chaleurs.

C’est pourquoi je vous parle aujourd’hui d’un sujet de saison, la taille des fruitiers.

Voici mon pêcher pris en début juillet.

un pêcher de vigne au mois de juillet

un pêcher de vigne au mois de juillet

Remarquez que chaque fruit et chaque feuille sont baignés par le soleil. L’arbre est aéré, non touffu,  et parfaitement étagé. Les branches ne se croisent pas. Les fruits de la base sont pour les bénéficiaires de courte taille, les fruits du milieu et du sommet sont à la bonne hauteur pour les enfants et les grandes personnes.

C’est une illustration de la nature dans toute sa perfection, programmée dans chaque graine pour sa vie entière, que ce soit une année, un siècle, où une éternité.

Bonne journée à tous.

 

 

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