Pluies

A l’heure où pour une fois nous français pourrions légitimement nous plaindre du temps, je me dis que ces pluies diluviennes et ce froid inhabituel qui empêchent les cultures de pousser sont salutaires tout compte fait.

J’ai beaucoup de raisons d’être réjouie car, comme j’ai souvent constaté, un revers de médaille cache une face belle et ouvragée.

Cette fois-ci la jolie face inclue des fleurs à profusion dans le jardin d’ornement, une réserve d’eau souterraine assurée, et une sorte de troisième mi-temps pour les jardiniers qui auraient une fois n’est pas coutume l’occasion de semer et de repiquer sans suivre les règles et plannings des anciens ou des pages glacées des revues de jardinage.

Pour une fois que tous pourraient s’improviser agriculteurs naturels faute de pouvoir intervenir au jardin je n’ai qu’une chose à dire : allons-y gaiement.

Les saints de glace ont débordé et l’été s’apprête à télescoper le printemps. Ciao calendrier des plantations.  Savez-vous ce que j’ai mangé à midi ? Des fèves achetées chez le magasin bio du coin. Plutôt inhabituelle pour une fin de mois de mai, elles étaient petites et bien tendres et la gousse était comestible dans sa totalité.

Un ami cher m’a dit que mon immobilisation provisoire sera l’occasion de valider ma méthode  naturelle.  Il n’aurait pas pu aussi bien dire. Je pourrais enfin savoir si des semis de légumes affaiblis par des décennies de culture conventionnelle pourraient survivre au traitement que je m’apprête à leur faire subir.

Enfin…ce serait de la cruauté de ma part! Seules les femmes spartiates abandonneraient leurs nourrissons dehors par nuit froide pour tester leur résistance.

Je crois que je ne suis pas une spartiate.  Je crois que je laisserais mes enfants-plantes se débrouiller toutes seules une fois qu’elles auraient jouissance d’un terrain naturel sans ray grass ni chiendent, grouillant d’abeilles, d’insectes et d’oiseaux et couvert en permanence de mulch vert comme dans un sol de forêt.

Faute de ces conditions, faute d’un retour quasi-total à un état naturel de mon lopin de terre, mes enfants-plantes seraient perdues d’avance.

Une erreur courante pour qui veut faire de l’agriculture naturel est d’espérer avoir une bonne récolte la première année.  Je sais, car je l’ai commise. Elle m’a laissée un sentiment d’échec face à une nature indomptable et envahissante. A vouloir brûler les étapes j’ai mordu la poussière.

C’est la deuxième année de mes tentatives de reconversion et j’ai beaucoup appris de mes faux-pas.

–        J’ai compris qu’avant toute chose –pour reconvertir une prairie ou un gazon en terrain naturel– il faut se débarrasser du matelas épais de racines de pelouse ancienne faute de quoi tout effort serait vain.

–        Il faut semer du mulch vert, dans mon cas du trèfle blanc. Le trèfle couvre toutes les surfaces nues, étouffe des graminées, ombre les semis contre trop de vent, de pluie, de soleil, et tout cela en faisant en sorte que les semis ne manque pas d’azote.

–        Je sais maintenant qu’un bon tas  de tontes, feuilles mortes, branchages et tout débris de jardin ameublit le sol mieux qu’un motoculteur, et surtout de façon durable sans utiliser une seule fois un engin bruyant et pétrofage.

–        Je sais qu’un sol couvert est « arrosé » comme par magie par son mulch vert.

–        Je sais que les graines enrobées de boue pour former des boulettes de terre puis posées sur le sol, puis recouvertes de mulch, poussent au bon moment à l’endroit qui leur est propice. Je jette les boulettes ou les graines nues et elles poussent là où elles auront le plus de chances de se perpétrer.

–        Dans ces circonstances ce n’est plus moi qui détermine le bon moment de semer ni le bon endroit pour le faire. C’est la nature.

Sans vouloir ni pouvoir vous expliquer le comment ou le pourquoi je reste cependant persuadée que même si les conditions nécessaires à un retour à la nature ne soient pas toutes remplies il y’auraient toujours de rares survivants pour assurer une génération suivante plus forte et quelque part plus sauvage et plus proche d’un état naturel.  Mon ami cher a raison, je pourrais enfin valider cette méthode.

Il ne vous reste plus qu’à me souhaiter bonne chance.

Pour ma part je vous souhaite une bonne journée.

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