Adobe

C’était un après-midi où sous le soleil égyptien les températures frôlaient les 50°C.  J’allais visiter un petit village et alors que je négociais ses ruelles qui n’étaient en fait que des chemins de terre,  j’ai trouvé sur mon passage une maison en construction.  D’habitude il y a des signes apparents tels que bétonnière, sacs de ciment et parpaings.  Là…rien.

Il y avait deux travailleurs dans la maison, abrités du soleil de plomb par une toiture en cannes séchées. Je me suis fait la réflexion à ce moment-là que la température du plomb doit être de 50°C.  En traversant le seuil le mercure a chuté. Il faisait  presque bon.

Au milieu du sol de terre de la pièce de quelques mètres carrés, il y avait un trou rempli de boue. Autour de cette pièce les murs se montaient petit à petit. Dans un coin se trouvaient un seau d’eau et un peu de paille. Les murs s’élevaient au fur et à mesure de la production de boue de paille. Faire un trou et monter sa maison. C’est merveilleux.

Partout dans le monde et non seulement dans les pays en voie de développement se montent des habitations en cette matière omniprésente qu’est la terre.

On peut s’inscrire dans un cours dans beaucoup de communes en France pour apprendre à faire des blocs ou un mur en terre.  Cependant la technique est simple, un jeu d’enfant.  C’est presque instinctif, le geste de tous les enfants du monde pataugeant dans une flaque d’eau.

Quant à sa durabilité…des constructions anciennes en témoignent. Et pourtant nous émettons encore des doutes à ce sujet.  Si ces villages entiers qui nous viennent du fond des âges ne nous suffisent pas comme preuve parce qu’ils n’ont pas été validés et testés alors nous devrions tous subir des tests d’ADN pour savoir si notre mère est bien notre mère.

C’est fascinant quand on pense à ce que l’on appelle couramment le mouvement écologique.  Ce mouvement nous propose aujourd’hui ce qui a été depuis toujours la plus banale et la plus logique façon de vivre sans devoir inventer des mots pour le dire. Rendez-vous compte : de nos jours il y a des diplômes en environnement  axés gestion de l’eau,  énergies renouvelables,  écoconstruction et tous ces autres termes barbares qui étaient d’antan la vie quotidienne.  Il y a même des degrés de qualité tel que la norme Haute Qualité Environnement par exemple qui me fait sourire tant l’appellation est naïve. Il y a des maisons positives et d’autres négatives. Dites à un Dogon qu’un expert va passer pour déterminer si sa maison est positive ou négative et je pense qu’il ne comprendra jamais le concept même si on passait la nuit à le lui expliquer.  Nous, l’homme moderne, ne faisons plus un pas si celui-ci n’a pas été validé par les normes ISO. Je ne comprends pas. On n’aurait pas besoin de normes si tout le monde faisait comme il faut.

La mondialisation est un grand mot. Il faut une monnaie unique, d’abord européenne et puis pourquoi pas mondiale !  Il faut des normes pour faciliter cette mondialisation !  Il faut des appareils de basse consommation, les classer par ordre énergétique  en utilisant les lettres de l’alphabet.  Enfin…pourquoi pas ?  Mais, en fin de compte je ne vois pas « respecter l’environnement », je vois « presser les pauvres » qui sont contraints à acheter ces produits à bas prix fabriqués au plus bas coût avec des processus douteux. Ces consommateurs captifs seront en plus taxés pour des actes contre la Terre commis par des usines à l’autre bout de la planète.

Voulez-vous que je vous dise ?  Je trouve que nous sommes devenus maître ès complications. Nous avons perdu notre spontanéité. Nous allons bientôt perdre notre créativité.

Je vous écris sur un ordinateur portable rapide et puissant. Mais, il est vieux maintenant et il aurait été mis surement au placard si j’avais été employée dans une grande entreprise. Je pense que nous avons besoin d’ordinateurs de plus en plus puissants pour stocker et traiter de plus en plus de données. Ceci parce que  nos vies deviennent de plus en plus complexes au lieu d’être rendues de plus en plus simplifiées comme nous ont promis les créateurs de haute technologie.

Voyez où nous a mené une simple histoire de boue.  Parfois je trouve que nos experts ont des drôles d’idées, comme par exemple d’appeler Adobe un logiciel informatique. Le vrai adobe, ou torchis, ou terre compactée est issue d’aucune technologie. Il nous abrite. Si on venait à trépasser notre maison pourrait s’effondrer et nous n’aurions pas pollué ou encombré la Terre de nos détritus, la poussière redeviendra poussière.

Je vous souhaite une bonne journée.

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