Belles exotiques

Dans le précédent article j’ai décrit la différence entre la logique propre à la nature et notre logique d’homme savant.
Pendant des années, poussée par un instinct insoupçonné, j’ai choisi pour mon jardin ornemental en France des plantes dites exotiques. Bougainvillées, hibiscus, oiseau de paradis et des palmiers frileux me fascinaient tout en me rendant esclave. C’est peut-être ainsi en amour, c’est un enchaînement de longue durée, jusqu’au jour où la relation déséquilibrée de possesseur de plantes et plantes possessives se révèle au grand jour.
C’est lors d’un voyage éclair à Cadix que j’ai vu l’extrême stupidité de ma collectionnite. Là-bas mes palmiers se trouvent en taille XXL et en quantité inépuisable, parfois même poussant à l’état sauvage comme ultime paire de claques. Belles plantes d’intérieur que je n’ose laisser dehors sous mes latitudes s’établissent comme du chiendent à chaque recoin laissé nu.
Certes, je ne pourrais pas faire mes valises à chaque fois que l’envie me prendrait de contempler ces plantes, mais je sais désormais qu’il vaut mieux laisser les plantes vivre heureuses et non pas sous perfusion ou sous climat contrôlé.

Il y a aujourd’hui une deuxième motivation qui m’anime. J’ai décidé de planter pour manger. Au lieu de les nourrir j’ai pensé que les plantes pourraient plutôt me nourrir. Je ne voudrais heurter aucune sensibilité, mais il me semble que quand j’achète un fruit au supermarché ce sont autant d’intermédiaires que je suis en train d’enrichir, sur le dos de la nature qui nous offre tout gratuitement pour peu qu’on ait envie de cueillir. Il est vrai que sans supermarchés des citadins seraient privés de fruits, par exemple. Mais, sans villes entassées de monde il n’y aurait pas besoin de faire un stock de fruits pour nourrir une foule compacte sans accès à un verger dans leurs appartements étriqués.

Suis-je en train de critiquer des citadins ? Non, j’en fais parti, à la seule exception que je jouis d’un lopin de terre. A Paris, à Londres, à Tokyo seules quelques nantis possèdent une terrasse pour y installer des grands pots ou des jardinières. Pourtant ce ne sont pas ceux-là qui ont besoin de planter. Certains ont probablement des maisons à la campagne. Ou alors mangent très peu. Je ne pense pas à eux, mais à des gens qui survivent chichement ayant quitté leurs terres pensant bien faire. En traversant les vastes plaines de l’Espagne pour me rendre à Cadix je me suis dit que le monde finalement est très peu peuplé. Paris n’est pas la France, ou le monde, et si nos intellectuels et hommes politiques sortaient de leurs villas ils verraient le problème de la faim dans le monde autrement.

La crise est, certes, dans notre économie, mais je me rends compte qu’elle est tout d’abord dans nos esprits. C’est une révision générale qu’il nous faut faire dans notre façon de voir le progrès, le confort, la réussite. Mais, cette discussion-là est pour un autre jour.

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