New York sous les eaux

Quand nous pensons à New York nous voyons une fameuse statue de bronze rendu vert de gris par le temps, un cadeau de la France à un pays ami. On imagine des gratte-ciels et des taxis jaunes. Or, New York est un immense état et cette image d’Epinal représente la seule petite île de Manhattan.

Je prends deux secondes pour penser à nos frères américains qui viennent de subir le typhon Sandy et bientôt une élection présidentielle.

Comment l’homme que son peuple désigne comme étant le plus puissant au monde n’ait rien pu faire contre quelques gouttes d’eau propulsées par du vent que personne n’a en fait jamais vu ? Son arsenal d’armement n’a-t-il pas pu contre-attaquer ? Les traders de Wall Street n’ont ils pas réussi à mettre à profit leurs dons de prévision ?

L’Homme dans son immense intelligence, qui manipule des gènes et qui propulse des particules atomiques, qui explore les déserts de la lune et de Mars, qui fait jaillir du pétrole des entrailles de la terre, cet homme-là a négligé de balayer devant sa porte. Il ne s’est pas bien occupé de son foyer. Au lieu de vadrouiller je ne sais où il aurait mieux valu penser davantage à son chez-lui. A la place de cela il a laissé ses forets se dénuder, ses eaux se croupir, son atmosphère se polluer.

Le résultat est déconcertant. La nature est devenu rare, donc précieuse.
Or, la nature est faite pour être la plus ordinaire et la plus gratuite des biens.
Il suffit de regarder Manhattan pour montrer une absurdité…que tout le monde a fini par croire est une normalité.
Vu du ciel l’île de Manhattan est comme une émeraude sertie dans du béton. L’immense verdure qu’est Central Park fait penser à la plus précieuse des pierres, supérieure en valeur au diamant. Quoi de plus banal qu’une graine qui tombe sur le sol et qui germe pour donner des siècles ou des décennies plus tard un arbre majestueux ? Quoi de plus gratuit ? Comment se fait-il alors qu’une vue sur la verdure de Central Park ne soit réservée désormais qu’aux seuls riches et célèbres ?

J’ai vu une photo insolite cette semaine dans les pages glacés d’une revue de décoration de haut niveau. Elle montre une terrasse très branchée et très haut perché à New York. Le client pourrait boire tranquillement son café toute en regardant sans trop l’entendre le trafic sur les rues et les avenues en quadrillage de Manhattan des dizaines d’étages plus bas. Je ne sais pas si je dois rire ou alors pleurer, mais j’ai en tout cas souri. Le sol de ce café branché était planté de mauvaises herbes pour donner l’effet d’un déjeuner en pleine nature. Ici, les mauvaises herbes doublaient où triplaient le prix du café.

C’est partout pareil. Les grandes avenues de Paris bordés d’arbres sont réservées à l’argent. Les beaux quartiers de Los Angeles ou de Miami sont implantés là où il y a encore des arbres. Ailleurs les populations vivent au milieu du béton tagué, sans arbres à grimper par des petits enfants, ou cœurs entrelacés à graver par des amoureux, où sous quelle ombre les seniors puissent jouer au scrabble.

La Nature ne coûtait pas un centime, et nous les hommes dans notre immense intelligence avons trouvé moyen de la transformer en une valeur coté dans les Bourses que nous avons eu la brillante idée d’inventer.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s