Gallinanterie

Parfois dans ma vie affairée je me surprends dans un état de fascination immobile devant une feuille si parfaite que cela ne m’étonnerait guère qu’elle ait été dessinée par Leonard de Vinci, une discrète fleur de pommier que je n’ai pas l’habitude de regarder et qui est belle comme une rose, et encore et toujours devant le comportement de mon coq Brahma tellement exemplaire que je pourrais inventer un lien d’étymologie entre galanterie et gallinacé.Coq brahma perdrix avec une poule dite cou-nu

Au début je me disais en le regardant, quel pacha, quel orgueilleux. Le voilà au milieu des poules comme un roi de basse-cour. En l’observant plus longuement pour admirer son plumage qu’un camembert n’aurait pas rendu plus beau je me suis faite une réflexion, que si les hommes se comportaient comme lui les femmes seraient plus joyeuses.

Il y a quelques mois c’était un jeune homme. Aujourd’hui c’est un homme. En août il aura un an.
Il me voit de loin quand j’arrive pour les nourrir. Il appelle les poules d’un ramage codé et ce petit monde laisse tout tomber et marche ou vole pour m’accueillir. Lorsque je lance des graines de maïs roux par poignées il ne s’y jette pas. Il attend que les poules commencent à les picorer et ensuite seulement picote-il. Quand il trouve un ver de terre il glousse pour appeler les poules afin qu’elles mangent le ver. A un moment donné il sent que la nuit va tomber et il appelle les poules en faisant cocorico pour les rassembler. Les poules ont pris l’habitude de déambuler sur tout le terrain. Etant plus fines que le coq elles passent à travers les mailles du grillage mouton. Le coq reste dans l’enclos. En fin de soirée il les appelle pour qu’elles viennent rentrer tout doucement à la maison.
Vraiment, il est impressionnant de voir un tel comportement prévenant.
J’habite à quelques lieues du pays du bon roi Henri IV, mais en voyant mon coq si bien élevé le Vert Galant n’aurait sans doute pas en concocté un coq au pot.

Petit exposé

Il se peut que vous n’ayez connaissance ni de Fukuoka ni de l’agriculture naturelle. Vous pensez peut-être que c’est encore un truc bio, encore un…

Jusqu’à présent je n’en avais jamais entendu parlé moi non plus. Cela fait seulement un an que je l’étudie et que j’essaie de le mettre en pratique sur mon lopin de terre.

Pour faire court il y a quatre principes.

Ne pas labourer la terre.
Ne pas arracher les mauvaises herbes.
Ne pas arroser systématiquement.
Ne pas utiliser de pesticides.

Je me sens injuste de résumer une si vaste et si riche pensée qu’est la méthode Fukuoka en quelques mots réducteurs, car elle est en fait sans frontières de la même façon que la nature est omniprésente. Ce n’est pas la nature qui nous entoure comme une sorte d’environnement, ce sont nous qui sommes dans la nature comme une goutte se trouve dans un océan.

Dans un petit nombre de pays et surtout en Inde l’agriculture naturelle commence à faire des émules. Ce sont des instruits qui ont accès à l’Internet et rencontrent Fukuoka par ce biais. Convaincus ils la disséminent aux cultivateurs qui cherchent à se libérer d’une vie qui n’en est pas une, pour se convertir à cette agriculture non immédiatement rentable ou profitable mais oh combien durable et fiable. Il y a aussi le cas de personnes qui sont tout simplement soucieux de préserver l’environnement. Plus étonnant encore, il y a ceux qui pratiquent l’agriculture naturelle sans jamais avoir entendu parlé de Fukuoka.

Le principal obstacle à l’extension de l’agriculture naturelle est cette pauvreté qui pousse les fermiers à faire du rendement instantané pour subvenir aux besoins les plus pressés et les plus fondamentaux.

Je ne vais pas répéter ici combien les super produits miracle et autres découvertes de nos chercheurs de bonne foi nuisent au lieu d’aider la condition humaine et l’état de la nature.
Ces innovations mobilisent tout d’abord nos meilleures têtes pour ensuite solliciter nos poches déjà trouées.

Je pense que dire à un pauvre agriculteur au nom de la révolution verte, « tu sais va vite emprunter de l’argent pour pouvoir planter ces graines miracles mais alors d’abord tu dois être sûr de ne laisser aucune autre végétation sur ta terre avant de planter ces haricots magiques et pour ce faire je te donne le nom du produit pour y arriver plus vite et tu verras que demain ces graines que je te vends et que tu dois obtenir uniquement de moi pousseront à condition de ne pas oublier de verser cette autre poudre de perlimpinpin et cette fiole de potion de réussite »,est un crime contre l’homme et contre la nature. Je ne cautionne pas le sensationnalisme, mais en Inde le nombre de suicides de fermiers endettés est alarmant. Pendant ce temps nous ici dans nos pays confortables nous lisons et puis zappons.

Le Japon nous a donné cet homme, Masanobu Fukuoka, et dire que le Japon est le terrain le moins hospitalier à cet enseignement. L’Europe avec nos vieilles traditions d’agriculture bien encrées et éprouvées n’est pas moins hostile. L’adage se vérifie, nul n’est prophète…

Toutefois, si nous voulons continuer à entretenir un monde dont le nombre d’habitants ne cesse de croître, alors la seule réponse est l’agriculture naturelle.
Un jour il n’y aura plus d’or noir ou alors les spécialistes nous mènent en bateau et nous font croire à une pénurie. J’imagine un scénario avec les gros engins en panne d’essence immobilisés en plein champ, les usines en attente de pièces et de gomme, la banque accordant des prêts carburant… et je ne pense pas avoir la berlue.

La priorité est de nous nourrir. Non pas pour un an ou un siècle mais jusque la fin du monde. Quand je dis nous nourrir j’entends que chaque homme doit pouvoir faire pousser et élever de quoi mettre dans son assiette, qu’il soit riche ou pauvre. J’ai la conviction profonde que la bonne nourriture ne doit pas être réservée à une certaine catégorie ou tranche de la société, qu’une nourriture de haute qualité est un droit et non un privilège, que la faim dans le monde est facile et rapide à éradiquer .

A vous qui ne connaissiez pas Fukuoka j’espère vous avoir donné un aperçu de la simplicité et la pure logique de sa vision et de sa méthode. Je vous invite à lire  »La révolution d’un seul brin de paille » que vous pourrez vous procurer à peu de frais sur les sites de ventes en ligne et dans les meilleures librairies des grandes villes.

C’est après avoir lu ce livre que ce blog aurait réellement un sens pour vous. Je ne sais comment vous persuader, vous parler, vous dire que ce livre – si vous le lisez attentivement – vous donnera une clé qui ouvre une porte : celle de votre esprit.

Mon tout premier jour

Bienvenue chez moi, vous êtes ici chez vous.
Ce blog vient d’être crée.

Je m’appelle Ruthie et j’habite dans le Sudouest de la France.
Il y a dix ans que je jardine ici.
Au début c’était un terrain nu. Aujourd’hui on se croirait un peu sous les tropiques.

Un jour j’ai rencontré un livre :  »La révolution d’un seul brin de paille ».
L’auteur : un certain Masanobu Fukuoka. Un contemporain.
Depuis, mon monde a basculé. L’agriculture par la nature je l’ai rencontrée.
Il est rare d’entendre une personne dire que son monde à été mis sens dessus-dessous par le jardinage ou la culture.
Pourtant, c’est bien ce qui s’est produit.
Balayée toute une éducation. Renversées beaucoup d’idées pourtant d’apparence solides et stables. Vaincues toute une armada de peurs et de craintes de ne pas réussir ou de mal faire.

Très vite j’ai cherché a rencontrer d’autres convertis comme moi, des vrais gens dans ce vrai monde aujourd’hui et maintenant. La magie du web est réelle et d’ Inde, du Népal, de l’Australie, et du continent Américain les correspondants curieux, débutants, ou aguerris, ont commencé à m’écrire…en anglais.

Quid de la France?
De mon voisinage?
De ma famille?

Voilà l’origine de ce blog.
Je voudrais rencontrer des personnes qui essaient de pratiquer l’agriculture naturelle d’après les enseignements de Masanobu Fukuoka dans ce pays et ceux limitrophes
En attendant leur arrivée je partagerai avec vous un peu de cet esprit, quelques photos de mes tentatives dans le domaine, et beaucoup d’espoir et de volonté.

Cordialement
RUTHIE